01 octobre 2012

Exposer ou concourir est-il le seul moyen de partager sa passion ?

J'ai pris la décision de diffuser cette lettre ouverte de Gérard Gomez car j'adhère pour une partie au contenu de celle-ci.
Bien entendu si quelqu'un souhaite publier un texte contradictoire je le ferai bien volontier.

L'homme, depuis son existence, a toujours cherché à transcrire ses sensations, son savoir, ses habitudes, l'environnement dans lequel il évolue, etc., par tous les moyens oraux, écrits ou,plus anciennement, par des représentations schématiques ou graphiques. Les collectionneurs que nous sommes n’échappent à cet acte d’expression …. sauf à conserver pour soi ce que l’on aime, ce qui relève à mon sens d’un bel égoïsme ! En matière de Philatélie, il y a deux écoles pour assurer la conservation, la transmission, lepartage de notre savoir : - Il y a ceux qui exposent, c’est-à-dire ceux qui scrutent les médailles (sans toujours les obtenir). Ils ont mille raisons pour concourir et se soumettre au verdict d’un jury, bien sûr je les respecte ; - Et ceux qui s’y refusent mais utilisent des supports à même d'assurer la pérennité des connaissances techniques : la rédaction d’ouvrages ou les sites Internet.

L’ACCP ayant fait le choix de quitter la FFAP, qui avait pour principal argument de nous offrir justement la possibilité de la compétition, je voudrais vous entretenir sur le fait que ce n’est pas là la seule voie et, peut-être, convaincre les courageux pratiquant ce sport qu’il y a une autre façon de soumettre un travail de spécialiste à des admirateurs … afin qu’ils ne se sentent pas frustrés par ce choix.

L’écriture permet non seulement la transmission de la pensée, mais aussi de pouvoir lire cette pensée à tout moment de l'histoire et de comprendre les conditions et les visions de son auteur au moment de son écriture. Elle demeure un acte initiateur au savoir pour les générations futures. Alors que l’exposition est éphémère puisque personne n’a pensé à archiver les collections exposées qui devraient laisser l'empreinte de leur contenu (auquel il serait utile pourtant de se référer en tant que de besoin) et de leur auteur, l’écrit est un élément prédominant de la communication pour celui qui a l'intention de laisser une trace de son travail, de ses recherches et de ses connaissances. Ce support - l'impression, la publication d’un article, l'édition d’un livre, la création d’un site Internet, … - offre des opportunités bien plus intéressantes en terme de conservation.

L’exposant doit s’améliorer sans cesse, s’il veut être récompensé. Ce qui l’amène à faire des choix pour être mieux apprécié des juges. Exposer c’est glaner dans ses albums les pièces qui vont flatter (mais faute de place on se limite), représenter en fonction des achats récents, suivre soit la mode soit les préférences du jury, écouter les conseillers et pourquoi pas acheter à prix fort la pièce manquante qu’on revendra une fois la médaille obtenue. L’écrit, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas un exercice «codé» mais un travail de fond, structuré, avec la seule exhaustivité que lui réservera son auteur. Il aura une «âme», qui ne peut lui être que personnelle, et qui permettra de créer chez le lecteur un certain éclairage du sujet traité, l'amour de lire, le sentiment d’acquérir du savoir. Par l'utilisation de moyens pédagogiques adéquats il va vraiment toucher un large public.

A partir d’un certain niveau, il faut voir plus loin : c’est-à-dire estimer sa collection, l’assurer, la faire convoyer, la surveiller, enfin rapatrier le tout avec l’espoir que l’ensemble revienne intact ! A contrario, dans la chaîne qui va de l’écriture à la lecture, le maillon indispensable sera l’éditeur qui mettra en oeuvre tout son savoir-faire, sur tous les plans (présentation typographique, infographie, etc.), afin que la publication soit des plus fiables, des plus lues et des plus durables quant à sa fabrication. Certes, cela a un coût, mais ne met pas en péril la «matière première» qui restera sous la protection que vous savez lui accorder.

Au hasard des cadres, on rencontre souvent un autre soi-même. Mais patatras, c’est la désolation : ses blocs écrasent vos paires ! Alors on sympathise, on se compare, puis on s’envie, avant de copier les bonnes idées de l’autre tout en lui cachant les siennes …. Les groupes se forment selon les moyens financiers, les repas se prennent selon le gain journalier … de médailles, bref on n’échange pas avec ceux qui n’ont rien, on ne reverra que ceux qui ont tout. Et puis, à trop montrer son trésor, on fait des envieux : savez-vous que les malfrats intelligents préfèrent dérober les collections qui ont obtenu des médailles ? A tout ceci je résiste car je n’ai pas envie de faire comme le voisin. Je m’en tiens tout simplement à «l'amour d'écrire» pour qu’il se confonde avec «l'amour de partager le savoir». Le prolongement naturel de l'écrit consistera plutôt à le faire vivre au fil des années, par des développements graduels soit par son auteur, soit par d'autres auteurs dont l'empreinte de son contenu et de son créateur, demeurera à jamais dans l'histoire.

Pour avoir choisi l’écriture, et résisté à l’exposition, je dois vous dire que je ne le regrette pas. Enfin toute ma subjectivité se trouvera naturellement corrigée par le fait que je suis le seul à me juger sans la recherche du compliment. Ou disons plutôt qu’il n’y a que le lecteur qui est capable de comprendre ce qu’il lit et dire ce qu’il a compris : c’est lui le juge légitime. Et l’impertinent que je suis de conclure «Il y a beaucoup de bons jurés qui n’ont jamais été de bons auteurs. Mais il y a encore plus de bons auteurs qui sont incapables de juger». Alors je persiste...

Gérard GOMEZ (Président d’honneur de l’ACCP)

2 commentaires:

Edouard a dit…

Excellent papier de G.Gomez, merci de le partager.
@+
Edouard

Anonyme a dit…

Papier qui a le mérite de mettre dire des vérités pas très élogieuses.
Il y aura peut-être une réponse de la FFAP

Pierre